sous-marin type VII
dessin de l'attaque du U 976 collection Des Curtis
Le 25 mars 1944 :
Parti depuis quelques jours de Saint Nazaire pour une mission dans l'Atlantique Nord, le U 976 vient d'être rappelé à sa base. On soupçonne l'imminence d'un débarquement allié et on a besoin de toutes les forces disponibles pour tenter d'enrayer l'opération. Le message a été envoyé par Enigma, la machine de codage supposé inviolable. Le rendez-vous en surface avec les bateaux d'escorte est quelque part au large de Saint-Nazaire, ce 25 mars 1944 à 9h00 du matin. Quand il approche des côtes, en surface, un sous-marin a besoin d'une escorte car la profondeur est insuffisante pour qu'il opère une immersion d'urgence en cas d'attaque, il se se trouve alors à la merci d'une attaque ennemie.
A 8h00, le sous-marin fait surface au point de rendez-vous. Le convoi n'est n'est pas en vue. Il faut attendre. A 9h00, le convoi est en vue. Tout se passe selon le plan prévu. Mais tout à coup, les vigies du sous-marin signalent six avions qui approchent droit sur eux, volant à 20 mètres au dessus de l'eau. Personne ne pense à l'éventualité d'une attaque aérienne. Personne ne sait encore que le fameux codage de la machine Enigma a été découvert par les Anglais et que ceux-ci sont au courant de tous les mouvements allemands grâce à leurs propres communications.
Tout d'abord, on les confond avec des avions allemands. Pourtant on déchante très vite, quand les avions attaquent le convoi. Il est 9h10, la riposte des bateaux est immédiate. Un combat sans merci s'engage alors.
A 9H20, les six avions se détournent du convoi et se dirigent vers le sous-marin. Un avion de type Mosquito, spécialement équipé pour la lutte sous-marine attaque alors le U976 par tribord. Le commandant du submersible Raimund Tiesler, alors âgé d'à peine 25 ans, ordonne une contre-attaque par la batterie anti-aérienne du bord. Le Mosquito tire avec un canon spécial de 57mm anti-char, chargé d'obus perforants.Les dégâts sont terribles. L'équipage allemand compte déjà un mort et plusieurs bléssés. Le convoi qui aurait dû assurer la protection du U976 est lui-même pris à partie, et le sous-marin est bloqué en surface, dans l'impossibilité de plonger. S'il tentait une immersion d'urgence, il n'aurait pas le temps de redresser la barre et irait se fracasser sur le fond, quelque 60 mètres plus bas.
Une mitrailleuse de 20mm du U976 est détruite, alors que les avions lancent plusieurs attaques par tribord, du côtédu soleil, pour aveugler les défenseurs. Les obus perforants sont insuffisants pour faire exploser le sous-marin, mais ils sont suffisamment puissants pour perforer le blindage et le faire couler, troué comme une passoire. Après la troisième attaque, le canon anti-aérien de 37mm du sous-marin est détruit. La situation devient critique. Le U976 commence à s'enfoncer lentement par l'arrière. Une des chambres d'immersion est touchée et se remplit d'eau. La salle des machines est elle aussi envahie.
A 9H30, une voix qui vient des profondeurs du sous-marin annonce: "cuisine innondée !". Le commandant Tiesler comprend alors que les choses tournent mal. Il donne l'ordre à tout l'équipage de monter sur le pont, y compris les blessés. Les attaques d'avions continuent. L'équipage tente de se protéger tant bien que mal derrière le kiosque.
Encore trois attaques. Le U976 s'enfonce de plus en plus par l'arrière et commence à s'incliner par tribord. Une trentaine d'hommes sont projetés à l'eau par une vague. Le reste de l'équipage se trouve encore sur le pont, à l'avant su sous-marin.
9H40: L'ordre du commandant fuse à travers le vrombissement des avions: "tout le monde quitte le bateau!" Les derniers hommes de l'équipage sautent à l'eau. Le dernier officier encore sur le pont, accroché à l'avant,esquisse un dernier salut avant de plonger.
Stéphane Feuillet (Octopus n°9 Aout-Septembre 1997)
Le sous-marin de type VII-C a été construit en série à partir de janvier 1939. Sa longueur était de 67,23 mètres hors tout. Son rayon d’action pouvait atteindre 8500 miles nautiques à la vitesse
de 10 nœuds en surface, sa vitesse maximum était de 17 nœuds en surface et de 7 nœuds en plongée. Ce submersible pouvait plonger en trente secondes.
Au début de la guerre, son armement se composait d’un canon de 88mm et d’un canon anti-aérien (flak) de 37 ou 20 mm. A la fin de la guerre, pour parer aux attaques par avion, l’affut était double
ou parfois quadruple. Il possédait 4 tubes lance-torpilles à l’avant et 1 à l’arrière. A partir de certaines séries, 12 torpilles étaient en réserve.
L’U-Boot était un long tube d’acier traversé dans sa partie centrale par une coursive dallée, allant d’un bout à l’autre d’une coque épaisse. Les compartiments étaient séparés par des cloisons
munies de portes étanches que l’on pouvait verrouiller en cas de fissures provoquées par un grenadage, mais l’inondation d’un seul compartiment provoquait la perte du navire. La protection était
assurée par la coque épaisse, doublée par une coque extérieure plus fine.
Le VII-C disposait de 2 systèmes de propulsion différents. En surface, il utilisait des moteurs diesels d’une puissance totale de 6000 CV ; en plongée, des moteurs électriques alimentés par
des batteries de deux accumulateurs d’un poids total de 60 tonnes.
Les U-Boot de type VII-C emportaient pour une croisière de 60 jours, plus de 100 tonnes de gazole et environ 5 tonnes de vivres. Leur équipage comportait une cinquantaine d’hommes : en moyenne7
officiers pour 43 matelots
A partir de 1943, la durée de vie d'un sous-marin n'est plus que de deux missions; les
équipages sont exténués par le rythme qui leur est imposé et les officiers sont de moins en moins entraînés.
Le U976 a été découvert à l'automne 1993 par Maurice Grenon (patron de la Revanche). Il a plongé sur un point de croche inconnu, à la demande d'un chalutier de Loire-Atlantique dont les filets sont restés accrochés.
Que dire de la plongée, une épave à 55 mètres et en plus le seul sous-marin de la région, c'est effectivement le rêve de tout plongeur. La plongée est facile car les dimensions du U976 empêchent de se perdre et encore une fois c'est une plongée sur un sous-marin dont les lentilles des periscopes scintillent encore.
Quatre ans séparent ces deux premières vidéos de la dernière: en aussi peu de temps on peut remarquer la dégradation de l'épave: l'étrave se brise et la double coque est éparpillée.Coup de houle et coup de chaluts probables.
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